Monday, October 16, 2017
Home > Actualités > Table ronde sur la liberté d’expression en Haïti

Table ronde sur la liberté d’expression en Haïti

La liberté d’expression était au centre des réflexions à l’Ambassade américaine le mercredi 17 mai 2017. Professionnels de la presse, intellectuels, étudiants s’étaient réunis pour débattre de cette thématique importante dans un système démocratique. C’était l’occasion pour les intervenants de se positionner par rapport au projet de loi voté en mars dernier par les sénateurs.

À l’initiative du bureau des Affaires publiques de l’Ambassade des États- Unis d’Amérique en Haïti, a été organisée ce mercredi 17 mai 2017, une table ronde sur la liberté d’expression. Cette causerie, déroulée à la salle de conférence de l’Ambassade américaine à Tabarre, intervient dans un contexte de débats houleux autour de la loi sur la diffamation visant le bâillonnement de la presse, votée récemment par le Sénat haïtien.

Les principaux intervenants à ces discussions consacrées aux enjeux actuels de la liberté de la presse et d’expression dans le pays, ont été : le professeur Roody Edmé, éditorialiste au quotidien Le National, Mme Emmelie Prophète Milcé, écrivaine et directrice de la Bibliothèque nationale d’Haïti, M. Frantz Duval, rédacteur en chef du quotidien Le Nouvelliste, et M. Richi Dessai, conseiller à la section politique de l’Ambassade américaine. Était également présent sur la table, le chargé d’Affaires de l’Ambassade des États unis en Haïti, M. Brian Shukan, qui a présenté les propos de bienvenue. Pour lancer les discussions, le chargé d’Affaires a fait remarquer dans ses mots de bienvenue, l’importance qu’il y a de mettre en perspective la notion de liberté d’expression, indispensable dans une démocratie. Il croit que malgré le chemin déjà parcouru dans cette lutte, il demeure aujourd’hui encore très important que les professionnels du métier de la presse, les universitaires, les intellectuels, et autres, continuent à réfléchir sur cette question et ses enjeux.

Dans son intervention, Roody Edmé a expliqué que lorsqu’on peut s’exprimer librement, c’est déjà une façon d’exister en tant qu’être. Cela vous permet de dénoncer ce qui vous fait mal, d’exprimer vos aspirations, ou encore ce que vous souhaitez pour votre pays. Et c’est ce qui fait que la liberté d’expression est si importante, argumente le chroniqueur. Cependant, il se dit contre ce qu’il appelle le « Voye Monte ». Aussi a-t-il appelé au sens de responsabilité des travailleurs de la presse. « La liberté d’expression signifie parler bien, parler librement, mais avec le sens de responsabilité », a martelé M. Edmé qui qualifie d’injuste le projet de loi sur la diffamation. Il déplore le fait qu’en Haïti, ces genres de choses ont souvent un aspect punitif. « Souvent, on ne fait pas une loi pour arranger les choses. Mais, on la fait de préférence pour la diriger contre un secteur donné, ou pour se protéger personnellement », a-t-il regretté.

Emmelie Prophète Milcé, de son côté, a tenu à souligner que la liberté d’expression n’est jamais un combat gagné, mais plutôt une construction, une lutte quotidienne. Elle a rappelé les cas des confrères Jean Dominique, Brignole Lindor, ou Jacques Roche, tous tombés dans l’exercice du métier de journaliste, à cause de la volonté de certains dirigeants qui voulaient leur faire taire. Elle a laissé comprendre que les efforts pour sauvegarder les acquis de la liberté de la presse et d’expression ne doivent pas cesser. Car, dit-elle, il y aura toujours cette tentation de taire ou de faire taire de la part de nos gouvernants, quelle que soit leur idéologie politique, qu’ils se réclament de gauche ou de droite. Mais, elle reconnaît toutefois que dans certains cas, des journalistes vont trop loin. Elle a pris comme exemple les talk-shows où ces journalistes font des analyses et des commentaires pas toujours corrects.

Frantz Duval lui, croit que c’est une bonne chose de parler, de débattre sur la liberté d’expression. Il se dit pour la liberté d’expression sans aucune forme de restriction. « Et comme, journaliste, éditorialiste, et responsable de média, je suis aussi pour l’existence d’une loi pour cadrer cette liberté d’expression », a-t-il indiqué. Le rédacteur en chef du quotidien de la rue du centre se déclare contre la nouvelle loi qui a été votée au Sénat en mars dernier. Il explique que ce n’est pas seulement l’existence de cette loi qui pose problème, mais toute son essence. Car, dit-il, l’esprit qui préside dans cette loi est le même que celui d’autres lois qui ont été adoptées sous l’occupation américaine en 1922, 1924, 1926 et 1929, pour empêcher que les occupants soient mis en accusation dans la presse. L’éditorialiste a évoqué des impairs contenus dans ce projet de loi, dont cette façon bizarre d’établir le délit de diffamation, renvoyant à la discrétion ou l’appréciation d’une commission portant ce nom. Ce qui rappelle bizarrement cette commission spéciale du temps des Duvalier qui siégeait à la caserne Dessalines et qui devait décider si on était un ami ou un ennemi du gouvernement.

Les discussions étaient suivies d’une séance de questions-réponses, et d’échanges avec le public composé notamment de professionnels de la presse et d’étudiants venus de différentes écoles de journalisme de la capitale.

Lenational

Leave a Reply

Your email address will not be published. Required fields are marked *