lundi, août 19, 2019
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Nemours Jean-Baptiste à travers ses ans

 

Par Nazaire « Nazario » JOINVILLE

Si le compas direct fait toujours l’enfant malgré ses 63 ans, on ne peut en aucun cas oublier Nemours Jean-Baptiste, le fondateur de ce genre musical qui s’est donné corps et âme pour rehausser notre culture. J’ai l’honneur de vous présenter ce musicien hors du commun qui a réalisé des choses hors de l’ordinaire.

Le 2 février 1918 Port-au-Prince a vu naître un bébé dont la vie allait marquer de façon probante l’histoire de la musique haïtienne. Il ne fut autre que Nemours Jean-Baptiste. Fils de la couturière Lucia Labissière et du cordonnier Clément Jean-Baptiste, Nemours était troisième d’une famille de quatre enfants.

Du berceau au tombeau, le compère de Sicot ne menait pas toujours une vie de château. Tout jeune, il était orphelin. Quand ses parents avaient cassé leur pipe, Nemours était encore à l’école, et ses études classique n’aurait pas ete achevées. Nemours et ses frères et sœurs André, Monfort et Altagrace furent confiés à des parents proches après le départ de leurs parents pour l’au delà, mais les enfants étaient souvent négligés. Nemours a fréquenté les institutions Jean Marie Guilloux et Saint Louis de Gonzague, c’était un passage n’ayant pas fait long feu.

Après la mort de ses parents, Nemours coiffaient les cheveux pour quelques sous. C’était son gagne-pain avant de se consacrer définitivement à la musique. Il racontait à ses clients, à n’en plus finir sa passion pour la musique.

Au début des années 40, il s’est lancé dans la musique où il a appris tout seul à jouer le « banjo », puis la guitare et le saxophone. C’est son ami Antoine Duverger qui lui prêtait souvent le « banjo ». La première grande performance de Nemours a été au sein du groupe « Les frères Guignard » où il a remplacé son ami Duverger en raison de son indisponibilité. Après sa performance impeccable, Nemours a reçu un cachet de 150 gourdes. Ce qui était une somme exorbitante pour lui.

Nemours a rencontré Marie Félicité Olivier, sa future épouse dans un bal et ils se sont mariés le 28 septembre 1946. Ils ont mis au monde 3 enfants : Marie Denise qui fut mort à seulement 2 ans, Yvrose et surtout Yves Nemours qui vit encore aux États-Unis.

Il a roulé sa bosse au sein de plusieurs groupes avant de fonder sa propre formation musicale. Le cojunto international avec des musiciens chevronnés comme Julien Paul, Anilus Cadet, Webert Sicot, Monfort Jean-Baptiste (le frère de Nemours) est son premier groupe. Anacaona, djaz atomik, djaz atomik junior, entre autres, sont d’autres groupes au sein desquels Nemours a évolué.

Le 26 juillet 1955, le jour de la sainte-Anne, la carrière de Nemours Jean-Baptiste allait connaître un autre envol. Nemours a joué pour la première fois le konpa direct. Mais la forme rythmique n’a pas été encore bien définie. Cette date est considérée comme la fête de ce genre musical qui est sans aucun doute, la musique la plus populaire en Haïti.

Après sa collaboration avec Jean Lumarque, le propriétaire du club « aux calebasses », Nemours a changé le nom du groupe en « ansanm aux calebasses ». C’etait un club mythique à l’intérieur duquel Nemours se faisait voir chaque weekend.

À la fin des années 50, les violons ne s’accordaient pas entre Nemours et Jean Lumarque. Le créateur du compas a eu un contrat avec Sénatus Lafleur, le propriétaire du club palladium. Ce fut un autre espace mythique dans lequel Nemours et son groupe s’offraient en spectacle chaque weekend.

Grâce aux efforts de Jean Lumarque, Nemours et son groupe ont voyagé aux États-Unis en 1961. Le 5 juillet de la même année, il a été honoré dans une cérémonie solennelle à l’ONU au cours de laquelle il a reçu une plaque d’honneur et mérite.

Au début des années 60, le groupe a eu pour nom « ansanm Nemours Jean-Baptiste » et fréquentait pendant plusieurs années cabane choucoune un troisième club mythique. En 1963, sur la demande du grand public, Nemours participe pour la première fois au carnaval de Port-au-Prince.

En juillet 1967 Nemours devint borgne après avoir souffert d’un glaucome. Les médecins d’un hôpital à Port-de-Paix lui ont enlevé un œil après une intervention chirurgicale. C’était le début d’une lutte sans merci pour le créateur du compas direct.

À partir des années 70, Nemours a connu une baisse en raison d’une flopée de jeunes groupes musicaux(mini djazz) qui poussaient comme des champignons. On peut citer entre autres, Tabou combo, Skah shah, Shleu Shleu. Il a laissé le pays pour évoluer aux États-Unis, en particulier à New-York afin de laisser le terrain aux jeunes.

Le concurent de Sicot est retourné dans sa terre natale en 1972 où il a dirigé de main de maître le groupe « Top compas ». Après quelques mois, il a changé le nom en « Super combo de Nemours Jean-Baptiste ». Avec ce groupe il a fait son petit bonhomme de chemin malgré cela n’a pas été comme sur des roulettes.

Nemours a connu un succès fou aux Antilles et en France avec son méga hit « Ti Carole » entre 1972 et 1974. Ce tube faisait partie d’un hit-parade durant 6 mois à la radio télé France Inter. C’était son unique grand succès sur ces territoires.

Pendant la dernière décennie de Nemours,entre 1975 et 1985, sa vie était jalonnée d’épines. Il était souvent négligé et oublié. Par contre, en 1980, il allait renaître de ses cendres dans une grande fête qui a marqué les 25 ans du konpa au club Olympia palace sou la direction d’Eddy Zamor. Lors de cette fête on l’a mis au pinacle.

En 1981, il a offert un spectacle en compagnie de son éternel rival Webert Sicot. C’est aussi une année au cours de laquelle Nemours était grièvement malade. Le cancer de la prostate et la cécité le ruinaient à petit feu.

Entre 1981 et 1985, Nemours a connu toutes les peines du monde. Sa femme Marie Félicité et ses enfants incistaient pour que Nemours retourne aux États-Unis afin de trouver des soins que nécessitait son cas, mais il voulait rester dans son pays pour vivre ses derniers jours. Il a dit qu’on connaitrait sa valeur après sa mort.

Frappé physiquement et moralement, Nemours passe de la vie au trépas le 18 mai 1985, le jour des funérailles de Ti manno, une autre légende au même titre que lui. Si Nemours était toujours vivant, cette année il fêterait son centenaire.

« Li pa bannou lajan li pa ba nou travay, men li bannou konpa, ala yon bèl eritaj sa a ». Tel est le refrain d’une chanson classique du groupe légendaire Tabou combo ayant pour titre « hommage à Nemours » sortie en 1980 sur l’album baissez bas.

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