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MINUSTAH : fin d’une mission controversée

Après 13 années, la MINUSTAH a mis fin de façon définitive à sa mission en Haïti. La cérémonie officielle a eu lieu, jeudi soir, au camp Jorobandy à Tabarre en présence de plusieurs officiels haïtiens, dont le président de la République, des représentants diplomatiques en Haïti, de la société civile haïtienne et de la représentante spéciale du secrétaire général des Nations unies en Haïti également chef de la MINUSTAH, Sandra Honoré.

Beaucoup de discours de remerciement des mots de félicitation à l’égard des pays qui ont déployé leur flotte de soldats en Haïti ont été au menu de la soirée. Mais la plaidoirie pour le dédommagement des victimes de l’épidémie de choléra et des abus sexuels commis par des soldats de la MINUSTAH a été jetée aux oubliettes. Entre la défense de citoyens victimes de cette mission et le jeu diplomatique, le président de la République, Jovenel Moïse, a opté pour le second. Dans son discours, le chef de l’État n’a pas raté l’occasion de remercier les autorités des Nations unies et de faire l’éloge de cette mission qui, selon lui, a permis d’aboutir à un climat de stabilité politique et sociale dans le pays.

Plus loin, le chef de l’État a demandé à la représentante du secrétaire général de transmettre sa gratitude aux pays membres de cette mission pour leur contribution matérielle et humaine, ainsi que pour le rôle jouer dans le processus de professionnalisation de la Police nationale d’Haïti (PNH). Si le président a oublié de souligner les milliers de victimes occasionnés par la présence des soldats de la MINUSTAH sur le territoire durant ces 13 années, il s’est fait un devoir de déposer une gerbe de fleurs en signe de dernier hommage aux soldats de la Mission des Nations unies pour la stabilisation en Haïti (MINUSTAH), tombés dans l’exercice de leurs fonctions.

À titre de rappel, la responsable de mission, Sandra Honoré, a fait savoir que lors du déploiement de la MINUSTAH en juin 2004, Haïti était dans un état de profonde instabilité institutionnelle et de violence criminelle. Le pays était dirigé par un gouvernement provisoire, le Parlement était dysfonctionnel et le Conseil supérieur du Pouvoir judiciaire n’existait pas. Ce, dit-il, dans l’idée de nous aider à tirer des leçons du passé et éviter une répétition de l’histoire. Sandra Honoré a témoigné son profond respect pour tous ceux et toutes celles qui ont contribué aux réalisations dans le domaine de la sécurité, de la stabilisation et du renforcement institutionnel depuis l’établissement de la MINUSTAH en Haïti depuis 13 ans.

Comme il a toujours été le cas, il a fallu attendre l’intervention non contraignante d’un défenseur des droits humains en Haïti pour, en plus des discours élogieux à l’endroit des soldats et responsables de la MINUSTAH, rappeler au moins les maux qu’ont soufferts plusieurs familles par la perte d’un ou plusieurs membres à cause de l’épidémie de choléra. Antonal Mortimé, coordonnateur du collectif défenseur, a essayé de dresser un bilan plus ou moins compatible à la réalité de cette mission en Haïti. Tout en acceptant que certains objectifs de la MINUSTAH aient été atteints, comme la pacification de certains quartiers où la violence faisait rage, le défenseur des droits humains a eu le courage de souligner que la MINUSTAH a été impliquée dans des histoires qui marquent la population haïtienne d’une manière négative. Il fait notamment référence à des cas de violences sexuelles et à l’épidémie de Choléra.

L’ancien secrétaire général des Nations unies, Ban Ki Moon, au moment de laisser la place à Antonio Gutteres, avait reconnu l’implication des soldats de la MINUSTAH dans l’introduction de l’épidémie de choléra en Haïti, et avait engagé l’institution à dédommager le pays et l’aider à bâtir un plan stratégique pour l’élimination de l’épidémie sur le territoire. Avec le départ définitif de la mission, plusieurs secteurs de la société civile croyaient que c’était l’occasion pour les autorités étatiques qui n’ont jamais rien dit malgré la confirmation des recherches qui ont accusé les soldats népalais dans ce dossier, de relancer les débats sur le processus de dédommagement des victimes. Mais tel n’a pas été le cas.

Lenational

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