Monday, September 25, 2017
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Manuel Valls, un Premier ministre clivant, un candidat rassembleur?

Manuel Valls a déclaré sa candidature à l’élection présidentielle ce lundi 5 décembre, quatre jours après le renoncement du chef de l’Etat à briguer un second mandat. Manuel Valls, personnalité tranchante et clivante, peut-il rassembler à gauche ? Un sondage publié par le Journal du dimanche va dans ce sens.

L’allure raide, les réparties sèches, l’œil souvent noir et les mâchoires serrées, « crispées », dirait Martine Aubry qui le déteste. Un des proches de la maire de Lille va même jusqu’à dire de lui : « c’est la gauche coups de menton ». Les compagnons de route de Manuel Valls évoquent eux un homme de conviction certes, mais attentionné. « L’ami le plus doux », précise l’un d’eux dans un sourire.

Boxeur bosseur

Le combat, en tout cas, Manuel Valls aime ça. Et il l’affiche. Boxeur (il s’y est mis il y a quelques années) et bosseur reconnu, ministre de l’Intérieur apprécié des Français de droite comme de gauche, le natif de Barcelone, naturalisé français en 1982, est avant tout un iconoclaste dans son camp. La liste de ses phrases qui ont clivé et clivent encore dans son camp est longue comme un jour sans pain. Le Parti socialiste ? « Il faut transformer de fond en comble son fonctionnement, tout changer, y compris le nom, parce que le mot socialisme est sans doute dépassé. Il renvoie à des conceptions du XIXe siècle ». Les 35 h ? « Il faut les déverrouiller ». « J’aime l’entreprise» , clame-t-il au Medef, devenant ainsi le socialiste le plus applaudi par des patrons. Les Roms ? « Leur mode de vie est en contradiction avec le nôtre».Et : « expliquer (NDLR : le jihadisme) c’est un peu vouloir excuser ». Bref, pour lui, « Il faut en finir avec la gauche passéiste, celle qui s’attache à un passé révolu et nostalgique, hantée par le surmoi marxiste et par le souvenir des Trente Glorieuses».

De quoi se créer de nombreux ennemis dans son camp. C’est à son arrivée à Matignon que Cécile Duflot claque la porte du gouvernement. Qu’importe. Manuel Valls creuse son sillon, jusqu’à tracer une frontière cet hiver : «Il y a deux gauches irréconciliables ».

La laïcité comme cheval de bataille

Manuel Valls, c’est aussi une laïcité de combat en bandoulière, un député d’opposition qui vote avec la droite de Nicolas Sarkozy l’interdiction de la burka, un Premier ministre qui ose commenter une décision du conseil d’Etat sur le burkini… du jamais vu. Avant d’enfoncer le clou lors de son discours de rentrée aux socialistes : « Marianne, le symbole de la République, elle a le sein nu parce qu’elle nourrit le peuple, elle n’est pas voilée parce qu’elle est libre ! C’est ça la République ! C’est ça Marianne ! ».

Mais sa marque de fabrique, son trait d’image le plus flagrant dans les enquêtes d’opinion, c’est le goût de l’autorité « Un chef doit savoir cheffer, alors je cheffe ! » affirmait-il, martial, après sa nomination à Matignon. Un ministre décrit même un locataire de Matignon qui exulte devant son gouvernement lors de son premier passage en force : « mon premier 49-3 !».

L’ambitieux Manuel Valls

Manuel Valls, c’est enfin une ambition assumée. L’avant-veille du premier tour de la primaire de la gauche en 2011, dans son dernier discours, sûr de lui, le député-maire affirmait dans son fief d’Evry : « une étoile est née ». Eliminé avec un modeste 5,63 %, devenu très vite indispensable à François Hollande pendant la présidentielle de 2012, nouant ses nœuds de cravate, réglant la lumière et les relations avec la presse, Manuel Valls gagne le portefeuille dont il rêvait : la place Beauvau.

Avant de s’allier avec Arnaud Montebourg et Benoit Hamon pour pousser Jean-Marc Ayrault vers la sortie de Matignon, puis d’obtenir leur départ du gouvernement. Seul ou presque désormais face au président dont il disait ces dernières semaines en privé aux journalistes comme à ses amis : « François Hollande, je ne le respecte pas et je ne le supporte plus ».

2002, la hantise

Organisé et minutieux, l’admirateur du « tigre » Clémenceau est un pur produit de la classe politique : assistant parlementaire à 23 ans, membre du cabinet de Michel Rocard Premier ministre, chargé de la communication de Lionel Jospin à Matignon puis maire et député d’Evry, ville populaire de banlieue, Manuel Valls était aux premières loges de la déroute surprise de la gauche le 21 avril 2002. L’ex-ministre de l’Intérieur veut cette fois-ci être le candidat qui évitera une élimination annoncée.


Les options économiques et sociales de Manuel Valls

Dès la campagne de la primaire de la gauche en 2011, Manuel Valls a incarné une ligne sociale-libérale proche de celle de Dominique Strauss-Khann. Bien avant François Hollande, il met l’accent sur la compétitivité des entreprises,  avec un allégement des charges mettant en avant que ce sont les entreprises qui créent la richesse et les emplois.

Il se prononce aussi pour une forme de règle d’or pour les finances publiques. Et une réduction des dépenses de fonctionnement de l’Etat et des collectivités locales. Confronté à la fronde des députés socialistes, il s’appuie deux fois sur le controversé 49-3, pour faire voter la loi Macron, puis la loi Travail. Un discours pro-entreprises qui engendre des manifestations dans tout le pays.

Pour adoucir son social-libéralisme, et fédérer la gauche, Manuel Valls défend, depuis quelques mois, des mesures protectrices et plaide pour un revenu universel. Une allocation unique pour les plus de 18 ans qui fusionnera la plupart des minima sociaux actuels.

RFI

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