Saturday, September 23, 2017
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Lire le recueil de nouvelles Crime royal de Margareth Papillon

Margareth Papillon continue d’assumer sa passion démesurée vers des récits de jeunesse avec des histoires de grande intensité. Depuis La Marginale, son roman publié en 1987, elle ne s’est pas arrêtée en chemin. L’auteure a, par ailleurs, publié plus d’une vingtaine de titres comprenant romans, nouvelles, récits et contes pour enfants. Des ouvrages qui connaissent beaucoup de succès auprès de son lectorat. Son dernier recueil, Crime royal, contenant neuf nouvelles continue en effet de happer grâce à son imagination la sensibilité et l’appréciation des lecteurs.

À l’instar de ses premiers textes, les héros de Margareth Papillon refusent de baisser les bras. Stoïques et spontanés, ils dégagent à travers leur être toute une philosophie de la vie. Dans Crime royal, le livre s’ouvre sur les malchances de Selondieu, accusé de communiste sous la dictature de François Duvalier. Sa femme se débat comme un diable dans un bénitier pour sauver la peau de son mari aimé et adoré. Elle allait arpenter le long chemin de désillusions qui vont l’inciter à accepter l’inacceptable. Toujours sous le régime de Papa Doc, la nouvelliste nous invite à suivre l’itinéraire de deux jeunes acculés à vivre des relations amoureuses désastreuses. Certains vont affronter l’indifférence, l’incompréhension des uns (trahison, boomerang). D’autres sont désabusés et ont connu le mépris et le laxisme des autres (The dead writers). Acculés dans les bas-fonds de la déchéance, ces personnages ne peuvent que se réfugier derrière les valeurs illusoires ou les masques sociaux. C’est aussi une façon pour l’auteure de La Mal-aimée de dresser un état des lieux du pays où tout marche au ralenti (Overdose-Baraka). Confrontés dans un univers sans repères, ils apprennent même à ruser avec le destin.

« … Mais à mon grand étonnement, nombre de convives présents avaient l’air de ne pas reconnaitre ou plutôt semblaient ne même pas s’apercevoir de ma présence. C’était comme si tout à coup j’étais frappé d’insensibilité. En effet, je distribuais des sourires à la pelle, interpellait les uns et les autres sans pour autant être salué en retour. Le fait me paraissait bizarre, mais je hausse les épaules. Depuis tout le temps que certains me faisaient la gueule, ce n’était pas surtout maintenant que j’allais m’en préoccuper. Le milieu littéraire d’un petit pays était à l’image des politiques qui y pullulaient. Hypocrite, mesquin, méchant, haineux, jaloux et j’en passe ! » (PP 49-50)

 À travers son dernier livre, Margareth Papillon dresse un vibrant réquisitoire sur son temps. Elle dévoile en même temps ce qui fonde le tragique et l’absurdité de toute existence. Son univers met en scène des passions inassouvies : la simplicité des premières amitiés, l’intensité violente de la découverte du sentiment amoureux, le hasard des rencontres sont autant de sujets qu’elle aborde avec un esprit serein dans son ouvrage. Naïfs et inquiets, ses personnages suscitent des interrogations. Ils ont mis leur orgueil dans un placard pour se rabaisser, s’humilier afin de concrétiser leurs illusions. Crime royal, ce recueil de nouvelles publié à Miami, est à lire absolument ! Ces nouvelles nous mettent en face d’un pays fatigué de vivre des crises à répétition, des crimes spectaculaires.

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