Les artistes haïtiens et les crises humanitaires

À chaque drame collectif, des catastrophes et des crises humanitaires, les talents artistiques sont souvent mobilisés à titre personnel ou en groupe pour venir en aide aux victimes. Une responsabilité sociale qui se manifeste à partir des talents, des oeuvres, de la popularité et de la crédibilité des professionnels de la culture et des créateurs qui vont sympathiser avec les victimes et leurs proches. Coup d’oeil sur l’implication sociale des artistes dans les crises humanitaires.

Dans des contextes humanitaires renouvelés, la responsabilité sociale de l’artiste va servir à de multiples finalités telles la promotion et la crédibilité des activités humanitaires en dehors de sa fonction initiale qui est de créer des oeuvres illustrant les drames de toutes sortes. L’artiste pourra également soutenir les victimes des catastrophes naturelles ou humaines via des activités philanthropiques et pour aboutir dans un sens plus pointu au niveau des pratiques d’art de la thérapie.

 Il faut reconnaître qu’en matière de responsabilité sociale, les artistes (amateurs et professionnels) dans tous les domaines confondus partagent entre eux un certain nombre d’émotions et de valeurs telles la sensibilité et la solidarité envers les personnes et les communautés les plus vulnérables.

Entre créativité et humanité

Avec l’absence d’un plan d’aménagement et d’urbanisme pour le territoire haïtien et l’absence d’institutions solides et de système de sanctions pour contraindre les dirigeants et les dirigés à se responsabiliser mutuellement face aux risques de catastrophes de toutes sortes, les artistes haïtiens trouveront certainement un nouveau sujet émouvant pour créer une oeuvre inédite.

 L’artiste, par l’un de ses multiples talents, pourra soit écrire un texte dramatique, soit interpréter une chanson d’hommage, soit peindre un tableau funeste ou ériger un monument posthume en hommage aux victimes de toutes sortes.

Autant dire que toutes les pratiques culturelles dans toutes les catégories confondues ont un rôle important à jouer dans les moments de crises et de catastrophes (naturelles, humanitaires et humaines) chaque fois que la société sera touchée par le cri d’alarme des plus vulnérables ou des proches des victimes.

 La littérature arrive en première position

On est loin de pouvoir compter et collecter le nombre de textes, de poèmes, de lettres, de messages, d’acrostiches et de récits écrits en signe de témoignages d’un survivant au drame ou en hommage aux victimes d’une catastrophe qui peuvent être des disparus, des personnes tuées, blessées, traumatisées ou handicapées.

À chaque drame, on retrouve à la prochaine rentrée ou sortie littéraire de nouvelles publications qui participent à pérenniser ou à proposer un nouveau regard sur le drame, à travers des essais, des rapports, des critiques, des poèmes, des romans, des récits et toute autre forme de production littéraire.

Certains vont jusqu’à créer de nouveaux mots et de nouveaux concepts ou de nouveaux discours artistiques et philosophiques.

 Avec le support des technologies de nos jours, particulièrement des réseaux sociaux, les multiples textes dédiés aux drames et aux victimes disposent à l’échelle planétaire d’une large diffusion autant dans les communautés ouvertes et restreintes des internautes. C’est, d’ailleurs, ce qui nous laisse confirmer que l’écriture et la littérature occupent la première place dans cette démarche d’art humanitaire.

 Les arts de la scène en deuxième position

 Dans cette grande vague de création et de production littéraire formelle et informelle, certains écrits pour les plus illustres seront retenus pour l’interprétation et l’adaptation du sujet par d’autres talents.

 On retrouve ainsi une vague de poésies racontées, des chansons dédiées, des pièces de théâtre, des documentaires témoignages, des films, etc.

 L’industrie musicale, avec le poids des médias électroniques, des radios, des télévisions et des réseaux sociaux, va ainsi donner un écho particulier à chaque occasion où le besoin de solidarité se fera sentir dans les milieux culturels.

Les arts plastiques en troisième position

 Dans les arts plastiques et visuels qui regroupent principalement la peinture, la sculpture et la photographie, entre autres, elles sont nombreuses, les oeuvres qui peuvent participer autant à l’illustration du drame, à un appel ou à un cri d’espoir en faveur des victimes. Des tableaux, des dessins, des caricatures et des sculptures vont souvent illustrer la couverture des documents officiels, des rapports et autres dossiers administratifs. Ces oeuvres vont jusqu’à participer à l’aménagement des espaces de mémorial dédié aux victimes comme monument principal.

D’autres oeuvres plastiques vont représenter, dans leur essence esthétique, le paysage dramatique ou le message humaniste que l’artiste tente de véhiculer. À défaut de créer des oeuvres pour illustrer le drame en question, ils sont nombreux, les artistes qui mettent en vente certaines de leurs oeuvres d’art réalisées avant le drame dans le cadre des activités philanthropiques au profit des victimes.

 La responsabilité sociale des artistes

Au cours des cent dernières années, à chaque catastrophe naturelle ou humanitaire, quelques oeuvres majeures pour les plus impressionnantes, impressionnistes ou représentatives vont voir le jour. On peut citer Guernica en 1937 de Pablo Picasso, en hommage aux victimes de la deuxième guerre des nazis, et la chanson collective titrée « We are the world » en 1985 dédiée aux victimes des guerres et famines en Afrique parmi les oeuvres les plus célèbres. Une musique qui sera, d’ailleurs, actualisée par l’ampleur du tremblement de terre de 2010 en Haïti.

Au niveau local, les artistes d’origine haïtienne évoluant tant dans le pays que dans la diaspora vont également s’initier dans cette démarche à la fois créative, collective et humanitaire. On retient les plus remarquables projets culturels comme « Atis pou Ayiti », « Gad devan» avec Beethova Obas en 2006, et « Ayiti leve » du groupe Kreyòl la.

De catastrophes naturelles avec les cyclones et le tremblement de terre, en passant par les crises sociopolitiques et humanitaires avec les pressions sociales, jusqu’aux mouvements de protestation contre les multiples formes de discrimination au niveau régional et mondial, comme ce fut le cas avec la stigmatisation des Haïtiens comme porteurs originels du virus du sida, ce sont autant de prétextes qui ne vont pas laisser les artistes insensibles.

Avec la vulnérabilité écologique chronique d’Haïti, les artistes haïtiens et les créateurs étrangers de toutes les catégories disposeront, de manière renouvelée, des sujets à la fois dramatiques, humanitaires et philanthropiques pour imprimer leur sensibilité artistique et leurs marques solidaires.

Catégories : Culture,RFM

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