Tuesday, December 12, 2017
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Le « Rara » à l’ère du tout commercial

Le pays a fêté la semaine sainte comme à l’accoutumée, avec à l’affiche une grande époque de « rara » comparée à celle de 2016 qui était très timide. Plusieurs raisons ont expliqué la baisse de régime du « rara », l’année dernière : les crises politiques de toutes sortes, avec à l’horizon les élections. En 2017, Haïti a redoré son blason en donnant un certain éclat aux festivités de « rara » avec un budget passant de 4,5 à 7 millions de gourdes. Gros coup de pouce des ministères de la Culture et de l’Intérieur ainsi que de la présidence qui, cette année, s’y est beaucoup impliquée.

L’Union des « Rara » de Léogâne (URAL) a organisé sa traditionnelle fête avec une forte participation, car, elle en a fait la promotion et les autorités locales à savoir : le conseil municipal et le député y ont apporté leur contribution. De plus en plus, cette grande manifestation culturelle tend à changer de couleur en devenant une affaire urbaine plutôt que rurale.

Aujourd’hui, comme le font remarquer plusieurs adeptes du rara, notamment le prêtre-houngan Jean Jacques Dieudonné dit (Janjan), tout le monde y est invité, du plus petit au plus grand, Haïtiens d’ici et d’ailleurs, touristes étrangers. L’organisation est devenue plus grandiose qu’avant. Des stands à travers les rues de la ville attendent tous ceux qui veulent participer à cette grande fête nationale. Ainsi, de nombreux professionnels de la culture et même le secteur privé des affaires comprennent la nécessité d’y apporter leur touche

Cette année, autour du thème « Ann ranmase kilti n pou peyi n vanse », les festivités ont accueilli la visite du président Jovenel Moïse et de son épouse, question d’exprimer, selon le chef de l’État, un intérêt particulier à cette tradition profondément ancrée dans la réalité haïtienne.

Longtemps considéré par un grand nombre de chercheurs comme le carnaval des paysans, le « rara », né de la rencontre des premiers esclaves avec les populations indigènes de l’île Quisqueya, fait partie, désormais, des activités pascales, rassemblant un public plus large avec une conception de plus en plus commerciale de l’événement.

C’est, peut-être, une ère nouvelle pour le « rara ». Cependant, ceux qui restent fidèles à la tradition voient, dans cette évolution, un signe de dénaturation de la festivité. Aujourd’hui, les opérateurs traditionnels, à Paillant notamment, où s’est développée une véritable expertise en termes d’organisation de festival rara, et aussi à Petite Rivière de l’Artibonite, sont impuissants devant les exigences des sponsors. Les t-shirts des commanditaires, néantisant le décor et les costumes traditionnels, sont parfois plus visibles que le spectacle lui-même. Les instruments modernes tendent à imposer leurs lois, au détriment du « vaksin », de la conga, du cornet, de la coquille de lambi, de la « râpe » en fer- blanc. Les temps changent !

Lenationa

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