mardi, mai 21, 2019
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Le jeu de Jovenel Moïse

Le président de la République, Jovenel Moïse, vient d’installer son comité de facilitation du dialogue national inter-haïtien, ôtant ainsi cette mission au Premier ministre, Jean-Henry Céant, qui a déjà effectué bon nombre de démarches afin de rendre possible ce dialogue.

Alors que les rumeurs circulent sur une éventuelle mésentente entre le président de la République et le Premier ministre, le chef de l’État dans ses actions ne fait que les confirmer. Ce lundi 25 février, au Palais national, le chef de l’État a procédé à l’installation du comité de facilitation du dialogue. L’arrêté nommant ce comité n’a pas été signé par le chef du gouvernement. Par contre, c’est une décision unilatérale, impliquant uniquement le président de la République qui cherche à tout prix à rendre possible ce dialogue. Par cet acte, le Premier ministre Jean-Henry Céant est exclu du processus, alors qu’il avait reçu du président de la République, un mandat officiel pour rencontrer les acteurs et initier le dialogue.

Beaucoup de démarches ont eu lieu. Hormis l’aile dure de l’opposition qui conditionne le dialogue au départ du président de la République, le Premier ministre, Jean-Henry Céant avait rencontré divers secteurs ainsi que l’opposition modérée afin d’initier le dialogue. Comme l’indique le mandat, une bonne partie du travail a été effectuée. Un pacte de gouvernabilité a même été proposé aux protagonistes. Un premier forum a eu lieu au Centre de convention de la Banque de la République d’Haïti (BRH). À présent, avec l’installation de ce nouveau comité de facilitation, qu’en est-il de ces travaux déjà effectués par le Premier ministre ? L’installation de ce comité sans l’aval du chef du gouvernement, n’est-elle pas synonyme de la révocation en douceur du mandat accordé au notaire de Bourdon pour initier le dialogue ?

Le chef de l’État, lors du lancement du premier forum initié par le leader de Renmen Ayiti, avait visiblement exprimé son insatisfaction de ne pas voir ses véritables adversaires, notamment les dirigeants de Pitit Dessalines, Fanmi Lavalas et du secteur démocratique, autour de la table. Pourtant, ces individus avaient conditionné leur participation au dialogue. Très fermes, ils ont indiqué que seule la démission du président de la République pourra les convaincre de s’asseoir à cette table. Alors, aujourd’hui, qu’est-ce qui autorise le président à croire qu’en ôtant le processus de dialogue des mains du Premier ministre et le confiant à ce comité, cela va marcher, et que ses adversaires politiques qui réclamaient sa démission vont cette fois-ci se présenter à la table du dialogue ?

À peine arrivé au pouvoir, le président de la République avait mis sur pied le comité des États généraux sectoriels de la nation (EGSN), dans l’unique idée de jeter les bases du dialogue. À présent, il est important de se questionner sur les réalisations des membres de ce comité, logiquement frappé de caducité, qui pourtant continuent à travailler et perçoivent leur salaire. Du comité des EGSN, en passant par la Primature pour aboutir au comité de facilitation fraîchement installé, on a l’impression que le président de la République est en train de jouer un mauvais jeu. Celui de contourner les vraies solutions, en essayant de résoudre le problème à sa manière sans tenir compte de la volonté des acteurs invités à participer au dialogue.

Le président est sur sa 4e tentative. La dernière en date était celle pilotée par le Premier ministre et son équipe. Pour des raisons non élucidées, ce pacte de gouvernabilité, pour lequel on faisait tant de promotions, est déjà mis de côté. Le président avait reproché au Premier ministre son incapacité. À preuve, le chef du gouvernement est exclu de la cuisine de ce dialogue nouvelle version. À chaque fois qu’une tentative de dialogue ne marche pas, le président se donne des raisons de croire que le choix des personnalités de pilotage a été mal effectué. Pourtant, ce sont les conditions au dialogue qui ne sont pas favorables. Les protagonistes veulent que le mandat du président soit aussi posé sur la table, alors que le chef de l’État n’envisage en aucun cas de perdre une seconde de son mandat. Ni le pouvoir ni l’opposition, personne n’est prêt à faire de concessions. C’est là le véritable frein au dialogue. Et dans cette condition, on risque de passer tout le temps à installer et désinstaller des commissions, sans qu’il n’y ait de dialogue.

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