Jean-Michel Basquiat (1re partie)

Le premier artiste noir à faire la couverture du New York Time Magazine en 1985. Le fils qui n’a pas connu Haïti, mais revendique sa culture et veut la vulgariser à travers sa peinture dont une grande toile a été adjugée, le mardi 10 mai à Christie’s de New York, à 57, 285 millions de dollars…

Il est beau, sexy, élégant, complexe, imprévisible, un mélange de gentillesse et de froideur. On le compare à Arthur Rimbaud. Jean Michel Basquiat, une des figures les plus emblématiques de l’expressionnisme des années 80, dit ne pas être influencé par la génétique haïtienne, mais par la culture de ce pays. Il a un profond respect et de la moquerie pour le vaudou, religion dont il garde une grande statue chez lui. Pourtant, il n’a jamais visité Haïti. Même s’il reste contradictoire dans ses prises de position, ses options, jusqu’à ses rêves, il aura à coeur de faire entrer la négritude dans l’histoire de la peinture. Sa technique véhiculant ses émotions, il crée dans un désordre poétique et dans l’urgence, selon l’humeur du jour.

Basquiat changeant souvent d’identité, Andy Warhol affirme que l’artiste n’a jamais été un mythomane : il raconte sa vie dans sa création. Jérôme Noirmont écrit en 1999, lors de l’exposition de Basquiat au centre Culturel de l’Espal au Mans : « Jean Michel Basquiat parcourait cette vie avec autant d’effroi que d’ivresse ». Quant à Keith Haring, faisant référence aux écrits de Basquiat sur les murs, il avoue : « ’intensité de sa vision était intimidante ». À la mort de l’artiste, le 12 août 1988, l’inventaire de son loft à Soho dévoile 917 dessins, 25 carnets de croquis, 85 estampes et 171 peintures. Lors de l’exposition du Musée d’Art moderne de la ville de Paris, rendant hommage à Jean Michel Basquiat, en 2010, son père dit de lui qu’il était exceptionnel, extrêmement brillant et d’une intelligence incroyable : « Mon fils, ce génie… »

 Dans ce texte se trouvent des notes tirées du livre de Michel Nuridsany: « Jean Michel Basquiat », éditions Flammarion, collection « Grandes biographies » dont la couverture illustre une partie de mon texte. J’en remercie l’auteur.

Le 22 décembre 1960, nait à Brooklyn, Jean-Michel d’un père expert-comptable d’origine haïtienne, Gérard Basquiat, et d’une mère portoricaine, Matilde Andrades. Lui et ses deux soeurs Lisane et Jeanine (encore vivantes) connaissent une enfance modèle dans cette famille du « middle class». Paisible et doué, il apprend à lire et à écrire dès l’âge de quatre ans. Ouvert à différentes formes d’art, il visite les musées en compagnie de sa mère qui a un sens artistique aigu et lui donne ses premières leçons de peinture. Il veut devenir cartooniste, artiste et n’a aucune autre ambition. À sept ans, il subit une ablation de la rate à la suite d’un accident de voiture qui lui cause également un traumatisme crânien. (Plus tard, les taches sombres sur son visage qui en sont les conséquences seront attribuées à la maladie du sida). Pendant la convalescence de son fils, Matilde lui offre un livre d’anatomie. Jean-Michel en est fasciné, et toute sa vie ce livre, The Grey’s anatomy de Henry Grey, va l’accompagner. Le corps humain, l’automobile, les squelettes hantent sa peinture. Les murs de sa chambre sont couverts de dessins, habitude qu’il garde tout au long de sa vie quand il visite ses amis qui voient leurs intérieurs changés en murales.

Si le blues du Mississippi est au début une musique codée permettant aux esclaves de communiquer, la fulgurance de son succès aux États- Unis sera la revanche de la culture noire dans un milieu de vexation et de discrimination. Jean-Michel y voit la frustration, la colère et la haine. La culture noire, le jazz, le gospel seront propulsés dans sa peinture. Gérard Basquiat possédant une importante159 collection de disques de jazz, Jean-Michel n’a pas le droit d’y toucher, mais il y puise une éducation musicale qui va nourrir son imaginaire. Basquiat a incarné le mouvement culturel du hip-hop et de l’art visuel. Il est excentriquement beau dans sa musique, excellent danseur et doté d’une belle voix. Il subit l’influence de Charlie Parker et chante dans les cabarets.

 1976, craignant la violence de son père et la folie de sa mère, il fugue une fois de plus. Il campe à Washington Square Park pendant quelques jours. L’adolescent vend des tee-shirts et peint des cartes postales au verseau desquelles il écrit « man made ». Il les vend dans la rue, à Greenwich Village, Lower East Side, à Soho et invective ceux qui ne veulent pas en faire l’acquisition. Celles signées avec Jeniffer Stein sont devenues les cartes les plus rares.

1978, Basquiat quitte la maison de ses parents pour de bon et vit dans la rue. Il plonge dans l’univers délirant de la drogue et peint à la bombe sur les murs de Manhattan. Ses héros sont Rey Sugar Robenson, Joe Louis, Hank Aaron, Cassius Clay, Miles Davis, Charlie Parker. C’est la période du graffiti : cela a débuté telle une pratique de gangs. Le dessin est d’abord fait au marqueur en feutre pour finir à la bombe et surgit dans l’urgence sur les murs. « Une expérience à la fois positive et délinquante » disent les observateurs culturels. En 1977, si Démétrios, un Américain né en Grèce, serait le premier graffitiste, même si on en a retrouvé avant lui, en 1930 à Pompéi, Jean-Michel Basquiat sera considéré comme le meilleur graffiteur. De sa complicité avec un jeune Portoricain Alberto Diaz habitant du lower side de Manhattan, vivant en HLM, nait une association à l’acronyme SAMO (same all shit) qui dure jusqu’en 1978. Cette même année le magazine Village Voice parle de l’artiste. La couronne posée sur leur signature est due au fait que Basquiat se croit d’origine royale. Ce qui est improbable, cette famille n’ayant jamais visité l’Amérique… Le livre Tom Sawyer de Mark Twain est, dit-il en 1985, encore sa lecture préférée. Warhol parlant de l’artiste, atteste : « La royauté, l’héroïsme et les rues. » Nous ajoutons que Basquiat a toujours vécu dans la gloire et la décadence.

1980, première exposition au coin de la 7e avenue. Jean Michel Basquiat se voit octroyer un mur dans l’escalier entre le troisième et le quatrième étage. Il entre dans le monde des galeries grâce à son charme. Il peint vite : Basquiat peut peindre trois jours sans s’arrêter. Faisant partie de l’underground newyorkais, il rencontre le marchand de tableaux Diego Cortez. L’aventure Basquiat ne fait que commencer… (à suivre dans la prochaine sortie de la rubrique).

Marie Alice Théard (IWA/AICA)

Catégories : Actualités,Culture,RFM

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