mardi, mai 21, 2019
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Dialogue national : nouvelle structure et nouveau mandat

Ayant raté l’opportunité de lancer le dialogue national, le 7 février dernier, le président de la République a créé une nouvelle commission de facilitation composée de sept membres. Cette nouvelle structure a pour mission, entre autres, de jeter les bases d’un dialogue inclusif en vue de juguler la crise sociopolitique qui ronge le pays. Les commissaires ont quatre-vingt-dix jours pour soumettre au chef de l’État un document final.

Le président Jovenel Moïse ne renonce toujours pas à l’idée d’organiser un dialogue national malgré plusieurs tentatives ratées. Il vient de prouver qu’il croit que seul un dialogue franc et inclusif est capable d’éloigner le pays de l’abime. En ce sens, dans un arrêté présidentiel paru en date du 21 février 2019 soit deux semaines après la date prévue pour le lancement officiel du dialogue, le président Jovenel Moïse a pris la décision de créer un nouveau comité de facilitation du dialogue, venant s’ajouter à la mission qu’il avait préalablement confiée au Premier ministre Jean-Henry Céant d’enclencher un dialogue et la mise en place des États généraux sectoriels de la nation (EGSN).

Marie Carmel Mentor, Kettly Julien, Carlo Joseph, Derothie Sénatus, Charles Suffrard, Marie Michelle Sylvie Rameau, Rudolf Derose, sont les sept membres formant le nouveau comité de facilitation. Selon les termes de cet arrêté, les membres de la Commission ont pour mission de définir un cadre méthodologique approprié aux discussions, recommander toutes mesures favorisant la création de conditions favorables à la réalisation des discussions, mettre en oeuvre toute stratégie pour la réalisation d’un vrai dialogue national, obtenir la participation active des personnalités politiques, économiques et sociales du pays, ainsi que celle des structures politiques et des organisations de la société civile, collaborer avec les partenaires internationaux intéressés au dialogue national inter-haïtien, faire la synthèse des différentes propositions de résolution pacifique des conflits politiques, économiques et sociaux qui rongent périodiquement notre société. Ils ont 90 jours pour présenter leur travail final. Mais, entre-temps les commissaires communiqueront toutes les semaines l’état d’avancement de leur travail.

Une commission amputée

Quelques heures avant la cérémonie officielle d’installation, l’un des membres les plus influents a remis au président de la République sa lettre de démission. Il s’agit de Charles Suffrard, le représentant du secteur paysan. Et un autre membre soit Carlo Joseph, selon les informations, aurait déjà acheminé sa lettre au secrétariat de la présidence.

Le volet de la formation d’un nouveau gouvernement, ajouté sans consulter les membres désignés du comité, serait à la base de ces démissions en cascade. « Je n’ai pas les qualités pour créer un nouveau gouvernement. D’autant que, lors des discussions avec le président de la République, il n’a jamais été question de la création d’un nouveau gouvernement. Alors que, dans un communiqué publié, la présidence a ajouté une nouvelle tache aux membres de la commission, celle de former un nouveau gouvernement », a informé le commissaire démissionnaire. Il est du ressort de l’Exécutif et du Parlement de créer un gouvernement a-t-il précisé.

Entre-temps, Carlo Joseph a versé de l’huile sur le feu des petrochallengers qui récusent sa présence au sein de cette structure. « Nous n’avons pas de représentants au sein de ce comité. Le mouvement petrochallenger est un mouvement apolitique » a fait savoir Pascale Solages, précisant que ce dernier n’a ni qualité ni légitimité pour représenter les petrochallengers.

Un comité de plus, un comité de trop

Le président Jovenel n’est pas à son premier coup. Pour ses deux ans, le chef de l’État a déjà créé plusieurs commissions parmi lesquelles la commission de la jeunesse, le comité de pilotage des États généraux sectoriels de la nation, pour ne citer que ceux-là. Ce dernier a été créé par un arrêté, le 27 mars 2018 dans le but d’initier le dialogue national. Après plusieurs mois de travail, le locataire du Palais national donnait à son Premier ministre le mandat pour continuer le dialogue. Six mois après, cette fois, c’est le Président lui-même qui crée un comité de facilitation. Alors qu’il n’a pas révoqué le mandat des membres des EGSN.

Comité de facilitation très critiqué

Le comité de facilitation ne fait pas l’unanimité. Des personnalités de la société ont vertement critiqué la démarche du président de la République. L’ancien membre de la Plateforme des organisations haïtiennes de défense des droits humains (POHDH), Antonal Mortimé et l’ancienne ministre de la Santé publique et de la Population, Josette Bijou, sont très pessimistes. Ils qualifient ce comité de mort-né.

Malgré tout, la cérémonie officielle d’installation des membres du comité de facilitation prévue le 25 février 2019 au Palais national a eu lieu. Les acteurs auraient suggéré à Jovenel Moïse de rentrer le communiqué publié le weekend dernier avant cette installation, mais cela n’a pas été fait. Le refus de Religion pour la paix, la démission de deux membres du comité de facilitation environ 24 heures après leur nomination ne sont pas de bon augure. La détermination présidentielle semble ne pas suffire.

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