Actualités Politique RFM

Controverses sur la position d’Haïti autour de la crise vénézuélienne

Haïti a fait abstention lors du vote de la résolution présentée par les États Unis à la 48assemblée générale de l’Organisation des États américains (OEA) en vue d’exclure le Venezuela de l’organisation hémisphérique. Le président vénézuélien, Nicolas Maduro est accusé d’avoir violé les principes démocratiques de l’organisation à travers sa réélection jugée frauduleuse. Cette position d’Haïti moins ferme que son positionnement habituel sur le dossier, est-elle intelligente pour la santé de sa diplomatie ?

Le fait pour Haïti de ne pas s’aligner sur la position des États-Unis suivie par le Canada, le Mexique, le Brésil, le Chili et l’Argentine ne devrait pas comporter d’enjeu sur le plan diplomatique, estime le leader de la Plateforme de plaidoyer pour un développement alternatif, Camille Chalmers. L’économiste estime qu’un changement majeur a eu lieu dans la géopolitique des Amériques. L’échec de la tentative des États-Unis prouve que la situation n’est pas pareille à celle des années 1960 où l’Oncle Sam a obtenu l’expulsion de Cuba de l’OEA. Selon lui, Haïti, au lieu de céder à des chantages diplomatiques de la part des États-Unis et ses alliés, doit même prendre une position plus ferme sur la question.

L’appui au Venezuela, une position cohérente

« Le devoir du peuple haïtien est d’appuyer le Venezuela et la révolution bolivarienne », dit le porte-parole du parti Rasin Kan Pèp en rappelant qu’Haïti, vu son histoire dans la lutte pour la liberté dans le monde, ne peut avoir de meilleure position que de défendre les peuples sous le joug de l’impérialisme. L’une des voies privilégiées qui mènent un pays à la prospérité est de la volonté de rompre avec la domination pour assurer son autodétermination, ajoute-t-il.

Camille Chalmers se demande pourquoi l’OEA n’a pas expulsé le Chili suite aux graves atrocités d’Agusto Pinochet. La même question se pose pour l’Argentine qui a connu la dictature féroce de Jorge Rafael Videla. Ayant participé à titre d’observateur international aux élections du 20 mai dernier, M. Chalmers croit savoir que ce scrutin s’est déroulé dans des conditions régulières et que le peuple vénézuélien soutient, dans sa majorité, la révolution bolivarienne.

« Haïti se prête à jeu dangereux »

L’ancien candidat à la présidence, Clarens Renois, fait, lui, une tout autre lecture de l’affaire. Pour lui, Haïti est en train de jouer avec le feu. Se démarquer de la position des États-Unis et du Canada dans un tel dossier est, dit-il, un jeu dangereux. Le leader du parti « UNIR » dit croire que les autorités ne devaient pas prendre le risque de mettre en péril les relations d’Haïti avec des partenaires si importants. Les propos très tranchants de Donald Trump sur la question font craindre de sérieuses sanctions, poursuit-il en soutenant que le fait d’avoir mis à l’écart les représentants d’Haïti à un diner lundi soir à Washington par le vice-président américain est un signe que les États-Unis prennent les choses très au sérieux.

  1. Renois va jusqu’à se demander si la volonté de défendre Nicolas Maduro n’a pas rapport au dossier PetroCaribe. « S’agit-il d’un retour d’ascenseur ou d’une action pour obtenir une annulation des dettes accumulées ? », s’interroge l’homme politique. Il estime qu’au-delà d’un éventuel effacement des dettes, Haïti ne plus attendre grand-chose de sa coopération avec le pays d’Hugo Chavez en proie à une sévère crise économique.

Le vote de mardi s’est soldé par 19 votes pour, 4 contre (Venezuela, la Bolivie, Saint-Vincent-et Grenadines et la Dominique) et 11 abstentions dont Haïti. La résolution a donc été adoptée à la majorité simple des membres qui sont officiellement 35, mais 34 actifs, Cuba étant absent. Pour suspendre un État membre, l’OEA devait réunir les deux tiers des voix.

Lenational

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *